5.000 visiteurs ont profité, depuis deux mois, des visites guidées de l’arsenal. Après Brest 2008 et les nombreuses animations de juillet, ils sont de plus en plus nombreux à venir pousser la porte de la base militaire.
On sait que le mois d’août est la période la plus calme de l’année pour la « Royale ». Raison de plus pour découvrir un port plein comme un oeuf ; la plupart des 60 navires basés à Brest étant actuellement en relâche (gardiennage) à quai ou en entretien dans les bassins. Ils sont tous là, le long du quai des flottilles, de la Jeanne-d’Arc aux frégates, en passant par les avisos, remorqueurs et l’armada de chasseurs de mines. Le public est plutôt familial, composé à 90 % de touristes français. Peu de Bretons, encore moins de Brestois dans le lot. On vient découvrir une composante militaire mal connue quand on habite le plus souvent à l’autre bout de la France. Quelques anciens militaires et marins de carrière complètent parfois les groupes, qui partent durant une heure et demie, étroitement encadrés par un jeune guide issu de la préparation militaire.

Par groupes de 30
Brest est la seule base marine à organiser ce genre de visite, Ils sont 17 à se relayer pour animer ces temps de découverte. Des groupes de 30 sont constitués. Les participants sont invités à laisser leurs sacs et affaires personnelles à l’accueil. Les portables doivent être coupés, les appareils photo et les caméras ne sont pas autorisés. Après un court briefing qui plante clairement le décor de l’enceinte militaire avec ses précautions et son niveau de sécurité, la visite peut commencer, nettement plus décontractée, avec des guides qui connaissent parfaitement leur affaire. Leur présentation est truffée de détails instructifs et d’anecdotes. Parmi les que
stions les plus déroutantes, on leur demande souvent si les bateaux ainsi sagement rangés dans le port naviguent encore. « Non, non, il ne s’agit pas d’un port-musée », est-il gentiment répondu. D’autres cherchent du regard le Charles-de-Gaulle… basé à Toulon. L’ex-Clemenceau n’échappe pas à la curiosité de certains. Pourra-t-on le voir, monter à bord ? Impossible, pour des raisons de sécurité notamment. Et le grand bateau blanc truffé d’antennes ? Le Monge mesure la précision des tirs de missile nucléaire. « On le surnomme affectueusement la Reine des Quais », précise un guide, en expliquant qu’il a la réputation de stationner une bonne partie de l’année dans le port. Pas très gentil.
Réponse à tout ?
Difficile de répondre aux types d’armement qui passionnent certains, et surtout aux questions de consommation de carburant. Cela dépend évidemment de la machine (vapeur, diesel classique), de sa sollicitation ; l’unité de mesure étant la tonne par heure pour les plus grosses unités. Quelques antimilitaristes durant ces visites ? « Ils sont rares mais ils existent. On les repère assez vite. Les antinucléaires sont plus nombreux ».
À noter que, cet été, deux groupes de handicapés mentaux ont été accueillis sur la base et ont pu éprouver l’émotion de monter à bord d’un navire militaire.
Les visites sont programmées jusqu’au 15 septembre. En 2007, elles avaient attiré pas moins de 7.000 visiteurs.
Encore plus fort sur le Malabar
On pénètre au coeur d’une enceinte toujours aussi bien gardée, placée en vigilance rouge depuis les attentats des années 2000.
Certes, on n’entre pas ici comme dans un moulin. Mais les guides de l’arsenal ne tombent pas dans le panneau. Ils ne donnent pas dans la présentation martiale de la base et savent apporter la petite touche personnelle qui en fait un véritable moment de détente. Pourquoi tel pavillon actuellement dans la mâture ? Le rayé rouge et blanc signifie que le navire est en gardiennage, la majeure partie de son équipage étant actuellement en congé.
Et ce damier bleu et jaune sur la passerelle ? Cela signifie que le navire est habilité à procéder à la police des pêches.
Ce gros poisson b
lanc à l’arrière de la frégate ? Un sonar utilisé pour la lutte anti-sous-marine. « C’est un sonar de ce genre qu’une frégate a perdu au large de Brest il y a quelques années ». On joue franc-jeu.
« Quinze ans d’avance sur les Américains ! »
Place à la guerre des mines, avec la dizaine de chasseurs à la coque en fibre plastique. « La France aurait 15 ans d’avance sur les Américains », claironne le jeune guide, qui poursuit sur la récupération, toujours d’actualité, des mines de la dernière guerre.
La base sous-marine construite durant la présence allemande suscite également la curiosité des visiteurs. Elle est toujours utilisée par la Marine mais est fermée à la visite pour des raisons de sécurité, 65 ans après sa constructi
on. Résidence collective, lofts, salle de concert, boîte de nuit… Les idées les plus farfelues ont circulé, un temps, à propos de sa reconversion. Son toit en béton (plus de trois mètres d’épaisseur) devait la préserver des bombes. Une seule, américaine, a percé sa carapace. Et en face, ce bateau blanc aux grandes oreilles ? Ses capteurs permettent de mesurer la précision des missiles balistiques. « Ses deux principaux radars coûtent la moitié de l’ensemble du navire ! ». Frégate F 67, F 70 ? Les chiffres correspondent à l’année d’élaboration d
es plans de ces navires.
Puis c’est l’embarquement à bord du remorqueur le Malabar, construit à l’origine pour venir prêter assistance, à n’importe quel endroit du monde, à un sous-marin nucléaire de la force de dissuasion.
Café à bord
Accueil enjoué du second du bord, l’enseigne de vaisseau Bernard Laurent qui regroupe tout le monde sur la plage arrière, « là où vous ne trouverez pas un grain de sable ! ». « Vous allez découvrir notre navire, ses activités et la vie à bord. N’hésitez pas à poser toutes les questions. Nous vous servirons un petit goûter à l’issue de la visite ». Tout simplement Royal !
Pratique
Les visiteurs peuvent se présenter à la porte de la Grande-Rivière (après Recouvrance), entre 13 h 45 et 15 h 30 (15 h 15 le week-end et les jours fériés), munis d’une pièce d’identité en cours de validité.
Ces visites sont entièrement gratuites, ceux qui le désirent peuvent verser une participation à la Société nationale de sauvetage en mer (au profit du centre de formation de Brest).
Source: Stéphane Jézéquel – Le Télégramme