Hier matin, la Jeanne d’Arc a cessé d’exister en tant que navire militaire. Elle n’est plus qu’une vieille coque vouée à la démolition.
« Retirez vos bandeaux légendés ! » Il est 11 h 30, hier matin, sur la Jeanne d’Arc. À l’issue de la dernière cérémonie des couleurs, le « pacha » du navire-école ordonne aux matelots et quartiers-maîtres de procéder à un acte hautement symbolique. Ils ôtent de leur bonnet de marin, le « bachi », le bandeau portant le nom « Jeanne d’Arc » et le remplacent par celui portant l’inscription « Force d’action navale ».
À cet instant précis, la Jeanne d’Arc cesse d’exister en tant que navire militaire. Déjà, un ouvrier a entrepris d’effacer à la peinture grise la marque mythique « R97 » figurant sur les superstructures. La Jeanne n’est plus qu’une vieille coque désormais vouée à la démolition.
Depuis 1903…
En quelques minutes, toute une époque prend fin. « Depuis 1903, des marins portaient un « bachi » avec le bandeau légendé « Jeanne d’Arc », rappelle le dernier « pacha » du navire-école, le capitaine de vaisseau Patrick Augier.
Lui-même, ce mercredi 1er septembre, prend congé de la « vieille dame ». Il franchit la coupée avec, roulé sous le bras, le pavillon national définitivement retiré du mât de laJeanne.
« A titre personnel, c’est une boucle qui se ferme, confie Patrick Augier. Je suis rentré dans la Marine pour naviguer sur la Jeanne d’Arc. Elle disparaît au moment où ma vie embarquée prend fin. Ce sont des sentiments qui s’entrechoquent. »
Une boucle qui se ferme. C’est aussi le sentiment de la petite centaine d’anciens qui assistent à cette ultime cérémonie des couleurs.
« L’emblème de la France »
Le pavillon national est amené. Dans quelques instants, il quittera le bord avec le dernier commandant de la « Jeanne ». : Marine nationale/Benjamin Rupin.
Denis Le Deuc-Grialou, venu de Pommerit-Jaudy, dans les Côtes-d’Armor, a effectué deux campagnes sur la Jeanne d’Arc. Pas le porte-hélicoptères aujourd’hui désarmé mais le croiseur qui l’avait précédé.
À 21 ans, jeune quartier-maître mécanicien, il a assisté en 1964 aux Antilles à la rencontre entre les deux navires. Le général de Gaulle était présent à bord de la Jeanne. « Ça marque. »
Denis Le Deuc-Grialou n’a pas voulu manquer l’adieu aux armes de la dernière Jeanne.« Ça me tenait à coeur parce que c’est la fin d’un mythe. La Jeanne d’Arc, c’était l’emblème de la France. Elle nous rappelait aussi notre jeunesse. Ce qui m’a fait le plus mal au coeur, c’est le moment où on a retiré le bandeau. Cela veut dire que la Jeannen’existe plus. »
Il est midi. La Jeanne d’Arc a perdu son pavillon et son nom. Denis Le Deuc-Grialou avoue un sentiment « pire que de la tristesse ». « Je souhaite de tout coeur qu’il y ait un navire de guerre qui porte à nouveau le nom de Jeanne d’Arc. » L’ancien quartier-maître mécanicien n’est sans doute pas seul à formuler ce voeu.
Olivier MÉLENNEC.
source Ouest-France





















