CC mars 2013: Le complexe est impressionnant!

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Samedi 9 mars 2013, 23h13. En tête du deuxième binôme de l’équipe « Tre », je descends prudemment un mur d’enceinte pour atterrir dans un goulet, et accessoirement dans 50cm de neige. Nous nous postons à l’angle d’une maison d’habitation, alors que « Due » se poste sur le mur d’en face. Les premiers tirs se font immédiatement entendre, et les flashs de départ de coup sont vite identifiés dans cette nuit noire. « Contact, 75mètres, 4 PAX derrière la bute de neige sous le lampadaire ! ». J’envoie un tir de saturation, mes 20 cartouches en coup par coup rapide, avant de céder ma place à l’angle de la bâtisse. « Framboise, chargeur ! ». Rechargement rapide en remontant la colonne de mon équipe, « Framboise prêt, 80% ! ». L’ordre tombe, c’est parti. « Tre » monte à l’assaut alors « Due » l’appuie. Nous courons dans les descentes enneigée qui bordent le casino pour trouver un couvert derrière les véhicules stationnés sur le parking. Les départs de coup sont nettement visibles, 30 petits mètres devant moi. Recherche de la liaison avec mon équipe : personne. Mon binôme et le chef du binôme de tête ne sont pas passés, ils gisent au milieu de la route. J’envoie un tir de saturation sur la position ennemie par-dessus l’utilitaire qui me sert de couvert. La manœuvre, non contente de ne faire baisser aucune tête, attire le feu sur moi. Recroquevillé derrière ma roue, deuxième rechargement, rapide lui aussi. J’adresse derrière moi à qui voudra bien l’entendre un « Framboise prêt, 60% ! » Je suis alors rejoint par ce qui semble être le dernier membre vivant de mon équipe. « Je tire en mouvement pour découvrir leur position, et tu les fumes ! ». L’idée était bonne, mais tardive… L’utilitaire qui nous protégeait devient notre tombeau. Les impacts répétés des projectiles de 5,56 crachés par les FASS 90 ennemis l’ont fait exploser. Nous sommes morts… Du moins jusqu’au tonitruant « Fin de l’exercice, les morts, à moi ! » que lâche l’arbitre de la simulation. Les défunts se mettent à sonner une fois de nouveau debout, et le plastron si difficile à déloger vient s’amuser avec nous de notre anéantissement par 4 quinquagénaires… Et oui, car il s’agit bien de la session de « SIMFASS » qui venait clôturer ma première journée d’ISTC avec les miliciens d’outre-Léman !

Le WE des 9 et 10 mars 2013 restera pour moi, après 8 ans de carrière déjà, une grande première : mon premier échange avec une Armée occidentale étrangère. Médecin militaire d’active dans l’Armée française, je me suis vu proposer par le jeu des relations improbables qui se noue dans cette grande famille au gré des stages, cérémonies et autres manœuvres, de participer aux « Cours cadres » ou « CC » sur le camp de Dailly, en Suisse, le tout chaperonné par l’Association des Réservistes de la Marine française… Vous avez dit éclectique ? J’ai immédiatement accepté, et grand bien m’en a pris.

Tout commence côté français par la traditionnelle fondue Savoyarde (et non pas suisse, n’en déplaise à nos amis helvètes…) dans l’auberge de Morcles. Un dessert et 25 épingles à cheveux sur une route étroite et caillassée plus loin (avalée à au moins 135km/h de moyenne, sans feux, avec au volant Sylvain Loeb il me semble), nous arrivons enfin à Dailly (avec plus un poil de sec).

Le complexe est impressionnant. Mais pas le temps de s’extasier devant la propreté et le « luxe » des salles d’eau, nous voilà déjà partis pour la perception des FASS 90 (SIG 550 chez nous autres Gaulois) et P75 (SIG SAUER P220 pour les mêmes), puis direction la salle de cours. Instruction Panzerfaust au programme, pour la première fois dans un « CC ». Après 4 heures d’instruction théorique et de manipulation en binôme, mais aussi déjà de franche rigolade et de camaraderie, premier tournant du WE : l’extinction des feux ! Coucher 1h, réveil 6h, avec le Sergent qui entre en allumant la lumière et nous gratifie du « Réveil ! » qui va bien. Note pour la prochaine fois : arriver aux « CC » reposé…

Mais c’est pour la bonne cause. J’entends, le meilleur petit déjeuner du monde moderne ! Fromage suisse, confitures maisons, müesli fameux, œufs durs… le tout sur une table pliante fixée au mur quelque part dans le dédale de 30km de galerie… Incroyable !

Puis enfin les choses sérieuses : début du tir à balles ordinaires avec le fleuron de l’armurerie suisse, le FASS 90. Puisqu’il faut bien lui trouver un défaut, disons que 2m78 pour un fusil d’assaut c’est un peu long, non ? Car à part ça, c’est un bonheur… Equilibré, fiable, précis, les cibles ne font pas les fières ! L’après-midi reste sous les mêmes auspices, avec un temps exceptionnellement clément d’après les anciens, et du tir de combat rythmé par d’improbables « pauses thé » ! Une doublette en position intermédiaire, une petite tasse de thé, un contact multiple avec tir depuis des couverts droitier et gaucher, un biscuit… ‘Savent vivre nos amis de la milice ! Oh, et parlant de savoir-vivre… Que dire des propositions tout aussi répétées que sympathiques de « Chnouf » ! Faites-y vous, les combattants helvètes sont friands de tabac à priser, inhalé par voie nasale. Et on ne saurait les en blâmer, quel coup de fouet !

cc St pierre (276)

Après un repas fabuleux pour un ordinaire militaire, et une prise cohésive de Snuff sur le dos de nos mains unies par les pouces et les auriculaires, nous voici donc à l’exercice de combat de nuit. Nous avons revêtus les chasubles et couvre-casques munis de récepteurs, graillé les « magasins » de cartouches à blanc, et équipés les FASS du boitier qui les transforme en « pistolet laser » (ainsi qu’en engeance à pointer sur l’ennemi ! Pourquoi met-on une boite de 4,5Kg au bout de notre fusil de 2m78, déjà ? Ah, parce que c’est comme ça que ça marche…), nous sommes prêts pour le « SIMFASS ». Toute la soirée, j’ai cru entendre à l’évocation de ce moyen d’entraînement réaliste le nom d’une marque de boissons chocolatée amincissante pour ces dames… Que nenni, mais les effets de la crapahute sur les pentes escarpées du camp de Dailly, équipé comme un porte-avion que je suis, sont proches de ceux de ce régime pour sédentaire ! Blague à part, cet outil, qui existe chez nous, reste un des moyens d’entraînement les plus pertinents. Ne maquent que la possibilité de toucher partout, et l’appréhension de subir un tir. A quand la simunition ?

FINEX, retour à la salle de cours pour une brillante intervention de certains d’entre nous qui vont présenter les spécificités de leur emploi, souvent méconnues, toujours intéressantes. Quelques nez piquent, et quelques yeux rougissent : il est temps que tout le monde aille se coucher pour 5 longues heures de sommeil. Le lendemain, même émerveillement devant le petit déjeuner, puis REMEC du matériel et des bâtiments avant celle des hommes autour d’un buffet dans le Casino « officiers ». Tous ont été contents de se voir ou se rencontrer, et tous seront ravis de se retrouver.

C’est ça un « CC ». C’était ça mon premier contact avec une Armée étrangère.

Médecin Lieutenant Ambroise FOURNIER